Nos parents n'avaient ni caméra ni ordinateur. Ils avaient leur porte ouverte.
Nous venons de familles de la République démocratique du Congo où l'on ne demandait pas qui avait besoin d'aide : on regardait qui était là, et on faisait de la place. Un repas de plus. Un lit pour la nuit. Un jeune qu'on prend par la main pour une démarche administrative. Servir les autres n'était pas un engagement, c'était une manière de tenir la maison.
Nous avons grandi avec ça. Puis nous sommes partis, nous avons appris d'autres métiers, et nous avons posé nos valises à quelques kilomètres d'ici.
Deux âmes au service de l'autre.
Hélène, elle, a la passion de l'autre. C'est son métier et c'est sa manière d'être. Pendant six ans, elle a dirigé un établissement de 65 logements : bâtir, soigner, développer. Derrière ces trois mots, il y a des gens. Celle qui ne dort plus. Celui qui n'ose pas demander. Le budget qu'on fait tenir pour que personne ne soit mis dehors. Elle a appris à faire tenir un lieu, et surtout à ne pas y perdre les personnes.
Mena, lui, travaille dans une grande maison de luxe. Il y fait tourner l'image, le son et l'informatique de ceux qui dirigent, et depuis peu l'intelligence artificielle : vingt-cinq ans de métier, dans un monde où rien n'est laissé au hasard, où chaque détail compte et où l'on n'accepte pas l'à-peu-près. Il en garde une conviction : cette exigence-là, on la réserve d'habitude à quelques-uns. Elle devrait être pour tout le monde.
L'exigence qu'on réserve d'habitude à quelques-uns,
pour tout le monde.
L'une sert au chevet, l'autre sert l'excellence. Deux métiers que tout sépare, et pourtant le même geste : être là pour quelqu'un, et le faire bien. À nous deux, ça fait une maison et un studio. L'attention et la technique.
Et puis il y a Feza. Son métier, c'est l'organisation : l'administratif, les voyages, le bonheur sur mesure. Elle sait trouver ce qui fera plaisir à quelqu'un, et s'occuper de tout pour que ça arrive. Elle aime découvrir, et elle accueille toujours. Dans une association, c'est elle qui fait que les choses arrivent à l'heure, et qu'en poussant la porte on se sent attendu.
Le déclic.
Nous avons un studio : micros, caméras, console, ordinateurs. Du matériel professionnel, qui dormait. Autour de nous, à Mouscron, des jeunes filmaient leurs projets au téléphone, des associations n'avaient aucune trace vidéo de dix ans de travail, des aînés racontaient des histoires que personne n'enregistrait, des chercheurs d'emploi butaient sur un formulaire en ligne.
D'un côté des outils qui ne servaient pas. De l'autre, des voix qui ne portaient pas. Et entre les deux, deux personnes qui ne supportent pas de voir quelqu'un rester sur le bord. L'idée de Mozaic United People est née exactement là.
Nos nouvelles armes.
Nos parents servaient avec ce qu'ils avaient : une table, une porte, du temps. Nous servons avec ce que nous avons : une caméra, un micro, du code, de l'intelligence artificielle, et quelqu'un qui s'assoit à côté de vous le temps qu'il faut.
Ce sont d'autres outils, pour le même geste. Mozaic United People, ce n'est pas un studio qu'on loue. C'est un studio qu'on ouvre. On y apprend à enregistrer, à monter, à publier. On repart avec quelque chose de fini : un épisode, une vidéo, un souvenir de famille sauvé d'une cassette qui s'efface.
Le matériel impressionne. Ce n'est pourtant pas lui qui décide si quelqu'un revient. C'est l'accueil.
Nos parents servaient avec une table et une porte ouverte.
Nous servons avec une caméra, un micro, du code.
Une mosaïque, pas un moule.
Une mosaïque tient parce que ses morceaux restent différents. Un quartier, c'est pareil. Nous ne fabriquons pas un modèle unique : nous donnons à chacun les moyens de raconter sa part, dans sa langue et à sa manière.
Ici, à Mouscron, entre la Flandre et la France, ce n'est pas une jolie image. C'est la réalité de la rue.
Ce que nous promettons.
Trois choses simples. Le matériel est professionnel, pas au rabais : le niveau d'exigence d'une grande maison, pour tout le monde. L'accompagnement va jusqu'au bout, jusqu'à la publication. Et personne n'est renvoyé à son budget : on trouve une manière de faire.
Nos parents servaient. Nous continuons, avec nos armes à nous.